Dans des millions de foyers français, un boîtier électronique enregistre bien plus que la simple consommation d’électricité. Le compteur Linky, installé massivement ces dernières années, dissimule des capacités de surveillance que la plupart des usagers ignorent complètement. Entre progrès technologique et inquiétudes sur la vie privée, cet équipement cristallise aujourd’hui de vives tensions.
Une technologie capable d’épier votre quotidien
Loin d’être un simple compteur, le Linky dispose de fonctionnalités particulièrement sophistiquées. Il enregistre la consommation électrique heure par heure, voire par tranches de trente minutes, avec une précision redoutable.
Cette technologie, baptisée « courbe de charge », permet d’établir un véritable profil des habitudes domestiques. Plus inquiétant encore, le procédé de désagrégation de charge identifie précisément quels appareils fonctionnent dans le logement et à quel moment.
Un décret de 2026 qui change tout
Jusqu’à récemment, la collecte de ces données détaillées nécessitait un consentement explicite de l’utilisateur. Mais un décret adopté en mars 2026 a radicalement modifié la donne.
Désormais, ces informations peuvent être récupérées automatiquement, sans autorisation préalable des consommateurs. La justification officielle invoque l’optimisation du réseau électrique face à l’intégration croissante des énergies renouvelables.
Des questions éthiques soulevées
Ce nouveau cadre légal soulève de nombreuses interrogations sur la protection de la vie privée. Comment concilier modernisation du réseau et respect de l’intimité des citoyens ? Le débat reste ouvert.
Les alertes lancées par la CNIL dès 2012
La Commission nationale de l’informatique et des libertés n’a pas attendu pour tirer la sonnette d’alarme. Dès 2012, elle pointait l’impact potentiel sur la vie privée de ces dispositifs.
Ses recommandations préconisaient un relevé minimal de dix minutes pour limiter le caractère intrusif de la surveillance. Elle exigeait également une sécurité informatique stricte pour protéger le réseau contre les intrusions.
Vers une marchandisation des données personnelles ?
Au-delà de la gestion du réseau électrique, ces données représentent une manne commerciale considérable. Les informations collectées peuvent révéler les habitudes de vie les plus intimes des utilisateurs.
Cette marchandisation potentielle inquiète : ciblage marketing ultra-précis, profilage des consommateurs, vente d’informations à des tiers… Les dérives possibles sont nombreuses et préoccupantes.
Un équilibre fragile à trouver
Le cadre légal de 2026 pose un défi majeur : comment garantir la modernisation des infrastructures énergétiques tout en préservant les libertés individuelles ? La question divise experts et citoyens.
Face à cette collecte d’informations sans consentement préalable, chacun est invité à se forger sa propre opinion sur cet enjeu qui touche directement à la vie quotidienne de millions de Français.



